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Décédés Isère

HOMMAGE au général de division Pierre LAURENS (1920-2018)

DPLV n° 15099- commandeur de la Légion d’honneur

Gal Laurens

Prononcé par son gendre le général de division (2s) Jean BASSÈRES

Mon Général, cher Beau-père,

Les circonstances de la vie m’ont permis d’être le témoin privilégié et parfois actif de la partie la plus marquante de votre parcours militaire.

J’ai donc l’honneur, en ce dernier adieu, d’évoquer votre longue carrière, dense et variée de 40 ans au service   de la France. Votre carrière, outre la résistance dont je reparlerai et les années en école, comporte deux temps forts symbolisés jusqu’au grade de capitaine par le béret amarante des Parachutistes et du grade de commandant à celui de général de division par le béret alpin, la fameuse tarte ! 

En 1940, vous intégrez l’école de Saint-Cyr alors repliée à Aix en Provence en raison des circonstances de l’époque. Pendant 2 ans, au sein de la promotion maréchal Pétain, nom imposé mais pas choisi, vous apprenez les bases du métier.

Nommé sous-lieutenant dans le cadre de l’armée d’armistice, vous choisissez à la sortie de l’école le 13ème BCA à Chambéry : petit clin d’œil prémonitoire bien que les missions de gardes statiques ne vous aient pas laissé un souvenir exaltant.

Démobilisé en octobre 1942 à la suite de la dissolution de l’armée d’armistice, vous choisissez contrairement à beaucoup de vos pairs, de rentrer dans la clandestinité et de rejoindre la résistance pour faire du renseignement au sein d’un réseau organisé. Parmi vos nombreuses citations que je ne citerai pas toutes, j’en extrais une qui caractérise bien ce que sera votre comportement d’officier, qui, très jeune avait fait un choix difficile.

Citation à l’ordre du Corps d’Armée du général De Gaulle, chef des armées :

« Jeune officier, adjoint au chef de secteur, a fait preuve malgré son jeune âge de réelles qualités de chef. Malgré une étroite surveillance de la Gestapo a rempli des missions avec un total mépris du danger. A fourni des renseignements

Importants sur le plan de l’organisation défensive d’une portion de la côte méditerranéenne. Arrêté 2 fois par la Gestapo a pu se libérer ramenant tous les documents en sa possession. Cette citation comporte l’attribution de la croix de guerre avec étoile de vermeil »

Nommé lieutenant en octobre 44, le ministre de la guerre vous fait savoir que vous êtes décoré de la croix de guerre 39-45.

Affecté dans divers EM, notamment à Grenoble, toujours dans la branche renseignement, vous êtes muté à l’été 45 à Ouezzane au Maroc, au 10ème bataillon de chasseurs à pied qui, ayant acquis la qualification Para devient le 10ème BPCP à Bougie en Kabylie puis en Indochine. De 50 à 53 avec le grade de capitaine, à la tête de votre compagnie, vos qualités intrinsèques de chef et de soldat dans de multiples opérations vous valent l’attribution de la Croix de guerre des TOE et 4 citations dont 1 avec palme. J’en extrais cette phrase qui résume bien votre personnalité :

« Brillant chef de guerre d’un courage d’un calme et d’une énergie exemplaires »

Au retour d’Indochine, vous passez 2 ans au sein du 1er RCP à Philippeville puis de retour en métropole, vous êtes affecté à l’EAI de St. Maixent où vous enseignez la vision nocturne avec des méthodes pédagogiques innovantes qui ont le mérite de tenir éveillés les stagiaires que nous sommes ; simultanément, vous préparez l’école de guerre que vous intégrez avec le grade de chef de bataillon au sein de la 73ème promotion dont le stage est écourté pour remplacer en Algérie les officiers démis de leurs fonctions à la suite du putsch de 1961. Vous voilà donc à l’état major interarmées de la Rhegaia au groupe d’études générales où vos qualités d’analyses et de synthèses sont particulièrement appréciées.

En septembre 62, vous prenez le commandement du 6ème BCA à Fort National et là va être le début d’une formidable carrière dans les troupes de montagne, que vous allez marquer de façon indélébile par votre personnalité, votre charisme et vos dons de chef et d’entraineur d’hommes.

Vous ramenez à Grenoble en novembre 62 le 6ème BCA et les consignes de discrétion des autorités : rentrer au quartier Hoche de nuit ont pour effet de vous ulcérer à juste titre. Promu lieutenant-colonel en juillet 63 vous rejoignez l’EM de la 27ème Brigade Alpine en août 64 comme chef d’état major, vous êtes en particulier la cheville ouvrière des manœuvres nationales qui, devant le général de Gaulle se déroulent dans le sud de la région grenobloise.

Promu colonel en août 1966, vous prenez le commandement de la 5ème demi brigade alpine à Annecy, coiffant les 27,13 et 7ème BCA, mettant toutes vos qualités et votre énergie pour rendre dans tous les domaines ces unités plus opérationnelles et faire progresser leurs capacités montagne.

Vous prenez ensuite les fonctions de sous-chef d’État major de la Région militaire où, une fois de plus, votre puissance de travail et vos qualités intellectuelles, font de vous un élément clé de ce grand État major.

En septembre, général de brigade vous prenez le commandement de la 27ème Brigade Alpine, où vous allez déjà mettre en œuvre le style et les méthodes de commandement qui, 4 ans plus tard, vous serviront pour ce qui sera l’apogée de votre carrière. En effet, après avoir été Chef d’état major de la 5ème Région Militaire en regardant d’un œil protecteur vos chères troupes de montagne, vous êtes nommé en 197, commandant de la 27ème Division Alpine recréée par regroupement de tous les corps alpins et vous obtiendrez alors votre 3ème étoile.

Vous arrivez avec sous le bras la chartre de commandement de la division. C’est la bible, que dis-je, mes écrits sacrés incontournables, qui, dans tous les aspects, entraînements opérationnels, instruction, capacités montagne, règles et éthiques de vie et de comportement au quotidien, donnent les pistes à suivre et les strictes modalités d’application : ce sont des objectifs clairs et valorisants qui vont donner une âme à cette grande unité.

Les capacités montagne pour la masse sont valorisées : ce sont entre autres les fameuses courses de section, la création de distinctions telles les piolets d’or, d’argent et de bronze. Parallèlement, votre souci de mettre en valeur et de faire connaître les Troupes de montagne donnent naissance à la création de l’insigne de poitrine unique que nos jeunes portent actuellement ; vous obtenez aussi, sacrée performance, de faire défiler le 14 juillet sur les Champs Élysées la totalité de la Division alpine !

C’est également vous qui êtes le créateur du GMHM, à quoi vous donnez la mission de porter au sommet, dans le monde entier, les valeurs de technicité montagne, les vertus de dépassement de soi aussi bien morales que   physiques, apanage des Troupes de Montagne. Les membres du GMHM sont encore aujourd’hui comme à leur création les ambassadeurs des Troupes de Montagne. Le GMHM   a été votre grande fierté et ce jusqu’à vos derniers jours.

Bref, vous avez régénéré les Troupes de montagne, vous leur avez donné du sens et une fierté qui perdurent actuellement.

Décoré de la croix de guerre 39-45, de la croix de guerre des TOE avec palme, de la croix de la valeur militaire, vous êtes Grand officier de l’ONM et commandeur de la Légion d’honneur.

Votre carrière prend fin à la 5ème RM et en 1980, vous prenez votre retraite ici à St. Paul de Varces.

Mais à la retraite, votre passion pour les troupes de montagne ne faiblit pas et vous vous lancez dans un projet de création d’un mémorial à la gloire des 150 000 soldats de montagne morts en opération qui se matérialise en juin 2000 sur le mont Jalla dominant Grenoble.

Vous aviez une très forte personnalité, doté d’un caractère entier, parfois vif. Mais vous aviez surtout le sens du contact, de l’humain, une générosité de cœur, une convivialité et une empathie naturelle, un charisme qui entrainaient chez vos subordonnés, une naturelle et spontanée adhésion et de la part de vos supérieurs, une grande considération et une haute estime.

Mon général, vous avez été un très grand chef et un très grand soldat.

Dormez maintenant en paix, vous l’avez bien mérité.

Général (2s) Jean BASSÈRES

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