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Conférence de l'Ambassadeur JEANTELOT (AG 2017)

Après avoir proposé à la l’assistance de saisir l’occasion de poser d’éventuelles questions au Président national, clôturant la partie protocolaire de l’Assemblée Générale, le Président ROBARDEY donne la parole à notre adhérent l’Ambassadeur et ministre plénipotentiaire Charles JEANTELOT qui a accepté d’animer une causerie très attendue.

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Ambassadeur Charles JEANTELOT :

 

« Merci !

Je voudrais m’adresser au Président National, à Monsieur le Président Régional, et à Monsieur le Président d’Honneur, Messieurs les Généraux, Amiraux et Mesdames titulaires de la Légion d’honneur, Mesdames qui ont l’héritage de la Légion d’honneur par nos camarades disparus et vous tous mes chers camarades DPLV : c’est pour moi un éminent et exceptionnel privilège que de prendre la parole devant vous.

Est-ce qu’au fond vous m’entendez ? C’est parfait car je n’ai que des bêtises à vous dire ! Effectivement, le Président LANVERS m’a débauché si je puis dire, de ma Thébaïde ardéchoise pour venir vous parler d’un sujet qui est un peu délicat : l’Islam et les Musulmans. On comprend que le sujet soit particulièrement en évidence dans les circonstances présentes et douloureuses que traverse non seulement notre pays mais différentes parties du monde. Aussi, il y a une difficulté dans le sujet que je me propose de vous présenter, c’est qu’il est difficile, comme tout à l’heure le Président voulait bien le souligner en évoquant notamment l’Algérie, et le triste 19 mars 62, il n’est pas aisé d’évoquer ces questions sans mettre un doigt dans des domaines politiques, ce qui n’est pas le rôle d’une association quelle qu’elle soit. Donc vous m’excuserez si j’écorche parfois au passage, ce principe non pas les gens mais des choses qui se sont produites chez nous. Toujours est-il qu’il faut aborder dans la franchise, cette question, si douloureuse, si importante, si urgente est-elle dans l’évolution de notre pays, comme de son environnement méditerranéen, atlantique ou continental.

Evoquer l’Islam c’est décrire une religion donc quelque chose de respectable en soi, parler des Musulmans et désigner des hommes doit se faire avec le respect qui leur est dû, mais aussi c’est parler des évènements … même si ce n’est pas tout à fait comme on peut le lire dans les journaux et éditoriaux. Il nous faut, en effet - dans les bases les plus profondes de la foi et de la société établies- aller chercher ce qu’il y a de caractéristique et ce qui peut concerner le plus directement la société qui prévaut traditionnellement en France. Nous parlerons de ces choses là avec, disons, la simplicité qu’exigent la franchise et la dignité.

J’en parle parce que je suis né dans un creuser de l’Islam, mes parents et les leurs aussi, en Afrique du Nord,… des Pieds-Noirs comme l’on dit. Ceci dans un contexte dans lequel on ne se rendait pas pleinement compte que pouvaient s’y perpétrer de lourdes divergences de concepts, idéaux, ou d’intérêts : car tout le monde vivait alors, en ces lieux, du même oxygène, dans les mêmes pensées et de communs ou complémentaires avantages, par proximité et l’instinctive tolérance qui ne s’édictent pas, et qui étaient perçues quasi unanimement.

C’est l’époque, quand enfant, je pouvais être le seul petit garçon en culottes courtes dans un village à peine naissant, à trente kilomètres à la ronde, avec ma sœur, la seule petite fille en robe à fleurs. Nous avons donc vécu ainsi dans la considération et la sérénité, elle plutôt à l’intérieur de la ferme, et moi partout alentour, à tout âge. Il ne se posait de problèmes de sécurité. Tout gamin, les femmes m’enlevaient en cachette. J’étais plus ou moins blond, roux, elles me portaient chez elles, me passaient de voisines en voisines pour me bourrer de couscous et de thé à la menthe avec toutes les gâteries orientales que vous pouvez imaginer, en peignant ma chevelure dorée, et me posaient des amulettes porte bonheur de leur foi ? Voilà, et arrivaient les ouvriers de la ferme me cherchant le soir pour me ramener sur leurs dos à la maison. C’est ainsi que l’on pouvait vivre à cette époque en milieu d’Islam dans une tranquille sérénité eu égard notamment à la religion des uns ou d’autres.

Pensionnaire à l’école puis au lycée, bien loin de mes parents, puis encore Tirailleur de 2ème classe, dans un bataillon d’instruction de Marocains à Marrakech puis en renfort à Taza, avant Oran et le débarquement en Provence, j’ai toujours vécu au plus près des Musulmans, sans que jamais une question de différence de société ait surgie entre nous. Dans l’action, jusqu’au feu nous étions cimentés d’une totale solidarité. Lorsque à l’aube de février 1945, brigadier de tir à la CCI du 5ème RTM, la tempe ouverte par un éclat de shrapnell, à Vieux Thann devant Colmar, je me suis effondré sans connaissance, sur le sol glacé par moins vingt degrés…ce sont deux Tirailleurs marocains- Bouras et Mohand- qui se sont précipités pour me porter secours… Huit ans plus tard, aux premières défenses du réduit aéroterrestre de Na San, au Pays Thaï ,d’autres Tirailleur avec le sergent Housein du 1er RTM m’ont encore tiré d’une tranchée de Balay, envahie et sous le feu des deux bords, les jambes déchirées par éclats de grenade ; cinq jours de combats de jungle, il ne restait plus sur la Compagnie qu’une dizaine d’hommes debout et suintant de sang : c’était à mon tour de leur sauver la vie « Nous sommes à la porte de Dieu (bab Allah)…et nous étions capturés par les Viets. Nous allions partager le même sort, ensemble rejoints par l’Aumônier catholique, qu’ils accueillaient comme un marabout, dans une commune charité et fidélité. Ces Musulmans allaient soustraire des poignées de permanganate dans l’infirmerie viet où ils étaient les seuls à avoir accès, pour venir nettoyer discrètement les plaies des blessés européens non admis aux soins. Ils allaient encore me sauver de la gangrène qui ravageait les blessés parqués dans le bois de Moc Chau, en me faisant pénétrer (masqués dans un sac, sous la pluie battante) au milieu de leur « commando » rentrant des enterrements, jusqu’au Camp où il y avait des médecins militaires capturés au chevet des combattants. Tous ceux qui grâce à eux n’ont pas pu quitter ce bois infecté, y ont été enterrés auprès du capitaine Vincent et son lieutenant adjoint au nom polonais, tués dans le déminage forcé du Poste de Moc Chau, sur la RP 41. Rien de ces héroïsmes ne peut s’oublier, gravé dans le granit de la mémoire.

 

Tels sont quelques signes édifiants de la perméabilité humaine de ces Musulmans, pouvant porter par ailleurs quelque chose d’inconciliable. Mais alors,…pourquoi et comment a-t-on pu en arriver là, aujourd’hui, avec certains d’entre eux ? C’est ce que je me propose de vous faire observer. Il va de soi que je vous entretiens là d’une religion et d’événements indissociables d’une société conçue il y a quatorze siècles. Je livre mes observations, sur ce banc, avec ma propre expérimentation du terrain comme des hommes mais aussi selon des études et réflexions que j’ai pu faire dans des travaux et œuvres s’étant présentés, d’abord pendant 21 ans dans l’armée, Tirailleur de 2ème classe, près de 2 ans dans la Guerre Mondiale 39/45, blessé en Alsace, évacué vers le Maroc « pays d’origine » : c’est comme cela que ça se passait : né au Maroc, voilà qu’à Marseille quand à la sortie d’hôpital, j’ai voulu rejoindre mon régiment, le 5e RTM, on m’a dit : « Non, tu es RDC, rayé des contrôles, il faut retourner dans « ton » pays » par le Liberty ship sur Oran. Je pouvais être en service marocain, en même temps que français ! Je ne voudrais pas trop insister sur cet aspect, mais cela indique bien une chose : le degré de l’amalgame patriotique et humain qui s’instaurait, sous l’égide commun et les règlements de la République comme d’une monarchie amie. C’est cela même qu’on a cassé !

Il serait trop long de détailler comment on l’a cassé sans même en mesurer la portée, ni se rendre compte du poids essentiel du facteur consensuel détruit ; totalement délaissé dans les dispositifs des relations entre nations … tandis que -sans oublier d’ autres croyants comme des bouddhistes-la France comptait des de millions de musulmans à administrer, et de surcroit des dizaines de milliers dans ses propres armées, y compris sous-officiers et officiers.

Aussi, pour parler de l’Islam, nous faut-il remonter à travers les siècles pour décrire les tensions et conciliations de société et de terrain sur lesquels il est apparu : le situer dans l’époque, évoquer les évènements qu’il suscitait ou les genres de culture qui animaient de façon particulière la région comme les esprits, bien entendu, sans préjudice d’antagonismes qui pouvaient se dresser entre Empires voisins et confessions se côtoyant de longs siècles. Avant que cela se tempère dans des rencontres paisibles, il a bien fallu que se produisent de rudes frottements et rivalités.

S’agissant de la religion musulmane, disons que c’est une foi révélée comme chacun peut le savoir, annoncée par MAHOMET de son nom rapporté du Moyen âge : Mohammed Abou l’Qassim, ( le vertueux) bin Abd’Allah ( fils de l’esclave de Dieu ) annonçant des révélations célestes, reçues dans une grotte sur le Mont Arafat,« site de la Connaissance », tandis qu’ il indiquait que les révélations recueillies de confessions précédentes, avaient été déformées.

Aussi bien dénonçait-il le Judaïsme comme le Christianisme, en même temps que l’idolâtrie. Son combat provoquait d’ailleurs des troubles dans la Mecque au point que des caravanes n’y venaient plus guère, et c’est alors qu’une tribu qui avait le pouvoir de régir la sécurité et l’économie de La Mecque (je vous parle du VIIème siècle …) Mahomet est chassé de La Mecque, en 622, alors qu’il avait commencé à délivrer ses « révélations » depuis 610. Cet événement est l’acte fondateur de la propagation de l’Islam ! C’est « l’Hégire », al-hijra, l’exode en arabe. Le Prophète va se réfugier dans la ville d’une région bordant la Mer Rouge : l'oasis de Yathrib (on l’appellera « Madinat -en nabi », la cité de l’Envoyé. Centre de grand commerce pour d’importantes caravanes, elle finit par accueillir Mahomet lui-même caravanier de métier, dans une entreprise dirigée par une femme, Aïcha qui lui est proche.

Qu’est-ce que c’était ces caravanes ? Elles étaient extrêmement riches et nombreuses, venant des horizons les plus lointains d’Asie ou d’Afrique. A travers le quadrilatère d’Arabie, leurs trajets et leurs fréquences étaient réglementés par des arrangements entre tribus dont la plus influente devait être celle de Qoraich. Le vaste plateau arabique constituait en effet un espace idéal- sinon le seul- par lequel on pouvait voyager avec des chameaux, ânes et chevaux sans aucune difficulté de terrain ; il n’y avait pas à franchir de hautes montagnes, pour venir de l’Est ou du Nord, en évitant les massifs des Balkans, du Caucase, d’Anatolie et de Perce. Pour les caravanes qui venaient du sud, d’Asie par l’Océan Indien ou d’Afrique, elles allaient emprunter les voiles ou le littoral de la Mer Rouge jusqu’à la Méditerranée orientale, évitant les montagnes de Turquie, d’Iran ou d’Abyssinie. Il était aussi aisé, rapide et sûr de prendre le bateau sur la cote orientale de l’Afrique, et de remonter l’océan indien jusqu’à la Mer Rouge, et c’est là que Mahomet s’est établi pour la majeure part de sa prophétie. Il y avait là une population idolâtre mais aussi beaucoup de Juifs parce que c’était un haut site de commerce et d’échanges ainsi qu’un centre d’artisanat élaboré surtout le fait des Chrétiens. Parce qu’un Arabe d’Arabie ne travaille pas. Il ne peut pas travailler, ne sait pas travailler, ce n’est pas un grief qu’on peut lui faire : c’est en effet un peuple de bergers, de caravaniers et autres gens d’un nomadisme, et transhumance, de mouvement de commerce comme de guerre. De guerre, parce que dès qu’on a une oasis, on a de l’eau donc de la richesse ; autrement dit, cela peut attirer aussi la cupidité des autres, donc il faut défendre des lieux aisément accessibles, et ce sont les hommes qui doivent se défendre et ils savent très bien le faire.

Moyennant quoi, Mahomet va rencontrer à Yathrib des difficultés que ses Compagnons (Ashab en Nabi) vont surmonter par les armes ainsi que par l’attrait que pouvait constituer ses révélations d’une simplicité et de promesses attrayantes, qui allaient être rassemblées bien plus tard dans le « Coran ». C’est à dire « ce qui pouvait s’étudier, se méditer comme les caravaniers et autres auxiliaires l’apprenaient déjà dans les expéditions commerciales, accueillies à l’époque, jusque dans les synagogues et les monastères peuplant les bordures du sous-continent arabique, sur des milliers de kilomètres. C’est alors à Médine que se déchaineront les pogromes de l’éradication sanglante des Juifs et Chrétiens, martyrs désignés de leur attachement à la foi de leurs aïeux.

Il faut bien s’imaginer qu’à l’époque, la langue arabe n’était guère écrite que succinctement dans une poésie antéislamique peu répandue, figurée seulement sur des omoplates de chameau en signes cunéiformes qui pouvaient correspondre à un sens spirituel ou donnée exotérique. Il a bien fallu que se détermine une langue arabe matérialisée en lettres (consonnes et voyelles) pour être transcrite en exprimant ou laissant entendre jusqu’aux nuances les plus fines de la spiritualité confessionnelle : c’est là, en quelque sorte, un « mystère » révélé à travers le Coran d’ailleurs précisé « arabe », donc en nulle autre langue que celle recueillie dans les révélations dites célestes. Rapportées oralement durant les deux premiers siècles de l’Islam, elles ne seront définitivement fixées que selon un consensus qui souleva bien des débats et violences, jusqu’à un édit du Calife, successeur du Prophète.

On allait donc être musulman par le « verbe arabe » tout autant par le sang arabe. Un Kabyle d’Afrique du Nord, un Ibère de la péninsule d’Espagne, ou un Somali voire un Soudanais … qui attestait de la foi musulmane, serait dit « arabe ». A cette arabisation ont résisté toutefois des peuples asiatiques d’origines turques, persanes, indiennes ou chinoises, voire européennes notamment.

J’ai ainsi le souvenir d’une dispute survenue dans une réunion à Khartoum, capitale du Soudan. L‘épouse de l’ambassadeur du Tchad montrait son collègue de Centre-Afrique comme étant « un noir » tandis qu’elle était « arabe »… par ce que « musulmane ». La dame se référait au Coran, (plus de 6000 versets en une centaine de sourates (chapitres). Mais, c’est un acte le plus simple que d’embrasser cette religion. Il suffit en effet d’une phrase, une ligne de quelques mots à proclamer devant deux Musulmans, et l’on est reconnu dans la foi de Mahomet : « Il n’est de Dieu qu’Allah et Mohammad est son Prophète », point final, on est admis dans l’Islam si on a prononcé « Ach’hadou ‘enna » (j’atteste que… ). Peut alors commencer l’étude du Coran qui généralement ne va guère plus loin que des mots et idées sur la prière et la société, comme le rôle de la femme, sa condition … Toutefois, à l’époque du Prophète, nul musulman n’urait pu lire un mot du coran, l’analphabétisme étant total et le Livre n’étant pas écrit. L’analphabétisme est resté d’ailleurs très fort jusqu’à la colonisation de ces régions, par des Grecs, Romains, Puniques puis Vandales ou Byzantins, avant les Espagnols, ou Persans et Turkmènes ou autres. Pendant de longs siècles, l’école coranique (dans laquelle on n’enseigne que la foi de Mahomet) ne se concevait pas ; ne pouvaient exister que de rares enseignements oraux de lettrés « fqih ». Au dix neuvième siècle, l’école était encore l’exception individuelle et réservée à une classe dirigeante et aisée. Autrement dit cette religion est tout à fait spécifique, sans critères d’analyse ni surtout données de débat, elle écarte la recherche dans l’ordre de l’Histoire : temps, lieux, événements et hommes ne sont évoqués que de façon irréfragable, tout comme la spiritualité. Tout est admis selon la parole transmise oralement à partir du moment où elle a été attribuée au Prophète Mahomet, le dernier des prophètes qui rectifie ce dont les peuples ont « dévié » des prophéties antérieures.

Les Juifs se seraient ainsi écarté des voies et actes notamment de Moïse (Moussa) en déclarant le peuple Juif « élu », alors que tous les enfants d’Allah sont égaux devant lui. Pour cette déviation, les Juifs seraient « destinés à l’enfer » tandis que les Chrétiens qui ont adopté le message de Jésus ( Aîssa ) en le considérant « fils de Dieu », sont frappés d’une condamnation comparable… Dieu ne pouvant pas avoir de fils, le « Saint Esprit » n’ayant pas plus d’existence pour donner naissance. Telle parait être une part du raisonnement Islamique, d’une simplicité fondée sur le vide intégral devant lequel les êtres sont placés dans la nécessité de ne croire que ce qui est rapporté par le verbe de Mahomet, ses dires et ses actes, transmis oralement, selon les « hadits » de la « Sunna », la Tradition recueillie de ses proches et compagnons, et relevée oralement des générations plus tard. En masse des populations se sont adonnées à l’Islam. La simplicité s’imposait devant les complications que pouvaient comporter l’idolâtrie, l’adoration d’idoles comme des poupées, des animaux, le soleil la lune… ou même la foi hébraïque réservée à l’ethnie juive, comme aussi la chrétienne dite recueillie d’une source déviée et faussée.

La « pierre noire » appelée Ka’ba, fait exception à La Mecque, observée depuis des temps immémoriaux, comme descendue du ciel, donc un probable signe d’une puissance occulte. Cette probable météorite était sanctifiée à l’époque de l’idolâtrie et préservée, comme attrait de caravanes. Entourée d’un monument, chaque année à date fixe dans le calendrier lunaire de l’Islam, par centaines de milliers, hommes et femmes, les foules musulmanes de tous horizons y vont célébrer le Sacrifice d’Abraham, et en faire plusieurs fois le tour, en maudissant le mal de Satan (sheitan) et glorifiant les vertus d’Allah, en appelant sa clémence et sa miséricorde. Plus les moyens de transport se développent, comme les médias, sur tous les continents, plus l’Islam retient l’attention dans le monde.

C’est un peu à l’inverse de ce qui se passe, par exemple, pour la religion chrétienne, de plus en plus des cathédrales étant négligées tandis que l’on construit des mosquées à tour de bras en Europe. Ce phénomène est d’une portée considérable, compte tenu de l’engagement formel de l’Islam de considérer le sol de la mosquée comme acquis à jamais à la foi de Mahomet. La modernité semble reléguer de coté la spiritualité, tandis que chez le Musulman, la spiritualité commande la vie quotidienne par le menu détail comme les grandes œuvres. Par exemple le Coran va vous expliquer comment il faut vous habiller, comment aller « à la toilette », comment manger, avoir des enfants, comment faire la guerre, ou le commerce, la justice et la vie sociale … et surtout la prière ! Tout acte de la vie est évoqué dans le Coran, licite, non recommandé ou interdit. Et qui plus est, le Coran est dans les institutions musulmanes, la première source juridique sur laquelle se base le droit de tous domaines et niveaux, particuliers ou collectifs.

Cet ensemble de normes ont traversés près d’un millénaire et demi, toutes consignées par les jurisconsultes et autres magistrats, selon une jurisprudence écrite ou orale, intercontinentale. Et cela s’est toujours passé dans l’unité, l’Islam exigeant et ne recueillant que l’unanimité dans l’expression des croyants. Il y a bien eu un schisme, mais c’est un incident de succession devenu de sécession- entre ethnies « Farh’s » Persan d’un côté du Golfe, et « Arabe », de l’autre. A La Mecque pour successeur du Prophète, on n’avait pas désigné Ali, Compagnon de Mahomet, et mari de la fille du Prophète défunt qui n’a eu qu’un enfant. Des femmes, il en a eu autant qu’il a voulu mais il n’avait qu’une épouse préférée Aicha, or, la femme qui n’a pas les mêmes droits, comme l’on sait en islam, a néanmoins une force d’une influence très considérable dans la famille, peut-être plus que l’homme, pour les causes familiales. C’est cette femme que l’on a suivie jusque dans des batailles qui faisaient de nombreux morts, et c’est dans l’un de ces affrontements « du chameau » que les « chi’ites » ont perdu la main devant les « sunnites ». « Déchirure », la Chi’a dure depuis treize siècles. Les chi’ites se situant chez les Perses (aujourd’hui l’Iran) Téhéran est devenue un adversaire acharné de l’Arabie de régime sunnite. C’est un différent important mais régional, sinon l’Islam est par ailleurs d’une unité que l’on peut imaginer quasi générale.

Comment est-on musulman ? Par la naissance d’abord- un Musulman ne saurait donner la vie que dans la foi de Mahomet, sinon il s’exposerait au supplice- mais aussi par le choix ; il suffit de prononcer la phrase sacramentelle- comme on l’a vu précédemment- et l’on est Musulman. A ce moment là on a des devoirs d’une grande simplicité parce répondant aux nécessités de la vie bédouine, la propre coutume ou culture des déserts, donc ne présentant pas de difficulté pour les populations qui en sont issues. On les a adaptés ensuite dans les cités car l’islam s’est déployé et a conquis de grands espaces peuplés et développés. Imaginez qu’il a fallu seulement 10 ans pour qu’Alexandrie tombe, la ville d’Alexandre le Grand, le port le plus important de la région ! Cinq ans plus tard, c’était « l’ouverture » (fatah), occupation de Jérusalem. Les Musulmans n’entendaient qu’éradiquer les idolâtres et soumettre ou dominer les Juifs et les Chrétiens. Ils s’appropriaient alors les temples de la Ville sainte. C’est le second successeur de Mahomet qui va l’investir : le Calife Omar qui y fait son entrée en 637. Quinze ans après l’Hégire, il va Jérusalem, faire sa prière dans le Temple de Salomon, et l’attribue à l’Islam. La légende rapporte que, le Prophète va s’éteindre assez rapidement, vers 45 ans, et s’est élevé au ciel sur son coursier blanc, à partir du Temple de Salomon (le plus haut lieu de la foi hébraïque) pour bien marquer que Jérusalem était Islamique donc arabe. De là à aller au Saint Sépulcre sur la tombe de Jésus, il n’y avait qu’un pas que le Calife a franchi, pour en attribué le Saint Sépulcre à l’Islam, en faisant la prière sacramentelle à Allah, sur le tombeau du « prophète » Jésus, Nabi Aîssa (non pas du fils de Dieu). Pour en arriver là, les forces du Calife avaient dû vaincre les armées des patriarches de la chrétienté après que l’Empire Byzantin ait supplanté Rome et Athènes. A Jérusalem on parlait l’araméen, et la cité était régie par un arrangement entre Romains, Grecs et Juifs pour l’administration et la justice selon les règles reconnues à chaque groupe. Toutefois les forces Byzantines ayant été battues en Cisjordanie, ce sont les Musulmans qui exercent le pouvoir sur Jérusalem. « Le Fatah », « ouverture » à l’Islam, investit un pays, une terre, les hommes et le passé.

Le Califat islamique va alors diriger ses forces sur l’autre adversaire et d’autres ambitions de l’autre côté du Golfe Persique, l’Iran d’aujourd’hui, par la « Qadhissiya », sainte victoire sur la dynastie Sassanide des Perses.

Mais, comment ces peuples si réduits en nombre, avec peu de nourriture et de moyens dans leurs déserts pouvaient-ils s’attaquer à des Empires comme ceux ce dernier ou des forces comme celles de Constantinople ou Carthage ? C’est qu’il y avait eu dans le désert d’Arabie, une prolifération rapide des peuplements. Certains scientifiques l’ont reconnue comme un effet de moussons particulières ayant provoqué des surpeuplements dans le quadrilatère. Mais on peut penser aussi à d’autres raisons comme le fait que le Prophète ait interdit une pratique courante dans le désert où -pour ne pas avoir à nourrir trop de bouches- on étouffait des filles à la naissance. A pareille époque, l’interdiction n’était pas de caractère humanitaire, parce que le sang n’ayant pas coulé, la foi n’était pas en cause. En fait, la domination caractéristique de l’Islam sur tous horizons exigeait d’abord qu’il y ait des filles pour faire croitre le nombre des descendants qui combattraient pour la foi de Mahomet, le premier devoir du Croyant. Plus on aurait de filles, plus il y aurait d’enfants. Et comme un homme pouvait avoir toutes les femmes qu’il voulait sauf celles qui étaient déjà mariées à d’autres Musulmans, ils avaient bien des choix possibles. Les quatre femmes dites licites, ne le sont d’ailleurs que pour l’héritage. L’homme peut avoir des enfants à travers le monde, ils seront ses fils ou ses filles, et seront Musulmans. Il en est ainsi même si la mère est une esclave, parce que l’esclavagisme est la règle : ce peuple là ne travaille pas, il lui faut bien des gens qui travaillent pour la communauté ! Les esclaves peuvent d’ailleurs à partir du Prophète, obtenir leur libération en entrant dans l’Islam. On fait donc venir ou l’on ravi de plus en plus d’esclaves soit d’Asie soit d’Afrique et d’Europe où il y a des peuplements disponibles ou à conquérir. Il en résulte que ces populations du quadrilatère naguère déficitaire deviennent au contraire plutôt excédentaires en populations appelaient à combattre partout alentour pour la foi et pour acquérir de nouvelles terres. La Mésopotamie va être occupée ; c’est le Tibre et l’Euphrate, c’est à dire l’ancien pays de Babylone, on ne peut pas imaginer plus productif ! L’eau qui coule, descend d’Anatolie, davantage une source de richesse que la panacée pétrolière de nos jours … En s’attaquant aux pouvoirs de la Méditerranée après la prise d’Alexandrie, les Croyants vont investir le Caire, cœur du delta du Nil et autre d’une richesse exceptionnelle avec une population extrêmement dense et active qui va encore s’ajouter au nombre des Arabes déjà multiplié par le « verbe mahométan ».

Donc le « fatah » va s’étendre à partir de l’Egypte jusqu’au Constantinois, une province de l’Empire de Constantinople qui va tomber comme un château de cartes.

Comment se fait-il que ces adversaires tombent si aisément ? C’est que ces Empires n’ont été constitués que par des « agrégats » de Principautés Latines, Grecques, Berbères, Ibères Puniques déshéritées par le « delenda est carthago » de Rome, tandis que la puissance de cette dernière s’effondrerait à son tour. Or, le nouvel Empire Islamique, le Califat, ne va pas comme l’actuelle Union Européenne régir le commerce des palourdes, la chasse à la colombe, ou le commerce de détail. Non, il ne s’occupe que de « l’Esprit » et de la stratégie de son expansion. Les terres vont vivre une sécurité armée que la Méditerranée n’avait plus connue depuis longtemps. Ce sont les derniers Siècles d’or de Justinien ! Il n’y a plus de conflit. Il n’y a plus Athènes, Rome ni Carthage il n’y a pas encore d’affrontements de féodalité, et les tribus berbères d’Afrique du Nord, bien qu’aguerries, n’ont pas reconstitué de forces considérables, dans une Chrétienté opposées à la violence… tandis qu’allait arriver des hordes dont les premières lettres étaient celles du Coran : tu es Musulman, tu es prévu pour le paradis avec toutes les grâces et toutes les vertus dans tous les délices inimaginables Si tu inspires un autre musulman tu as droit encore davantage, comme lorsque tu élimineras un incroyant. Il faut donc toujours plus de croyants, et ne pas délaisser un voisin qui n’atteste pas de l’Islam.

A Djeddah, port de La Mecque, en septembre 1965, Secrétaire d’ambassade pour trois ans, je souhaitais acquérir un tapis d’orient, avant que ma femme et mon fils de huit ans puissent me rejoindre, l’aîné restant pensionnaire au Lycée en France. Au moment du pèlerinage rituel, il fallait se rendre la nuit devant l’aéroport où les pèlerins arrivent notamment d’Iran, Caucase, comme d’un peu partout avec de beaux tapis. Ils les vendent pour avoir l’argent de leur séjour et le transport. On peut donc passer la soirée, assis sur un tapis, et devant soi, un voyageur avec lequel on négocie jusqu’à s’entendre sur le prix. A un moment, l’homme me dit « … mais tu es musulman ; pour parler l’arabe de la sorte ? » _ « Non, lui dis-je, je suis Chrétien ». _ « Ah, poursuit-il, comment peux-tu être Chrétien, toi, parlant l’arabe du Coran, comme ça ? » _«  Je lui dis que je suis né au milieu des Arabes, ils sont mes amis, et je parle avec eux, je travaille avec eux, voilà »… Le pèlerin se lève et me dit en me tendant le tapis : « Tiens, prends-le, il est à toi… et viens avec moi à La Mecque ! ». Ce voyageur inconnu me donnait tout son bien, sa fortune pour que j’aille avec lui au Pèlerinage rituel de l’Islam ! C’était ça, le Musulman. Il est ainsi encore de nos jours ! Ce n’est pas croyable mais c’est comme ça ! Bon, il va de soi que dans la société moderne on trouve des gens qui sont musulmans mais peuvent avoir d’autres perceptions et comportements, mais ceux-là qui sont-ils ? Ce n’est pas à moi de le dire.

Toujours est-il que l’Islam ne s’est pas développé d’une façon aussi vaste, profonde et fulgurante que par la guerre, la lance et le cimeterre. Le « djihad », l’effort suprême attendu de chaque croyant peut faire tout autant appel à l’esprit et au cœur. Il fallait même que leur foi ait d’autres attraits que la richesse et la force, pour que les descendants du Prophète parviennent à l’Atlantique dès le huitième siècle, à cheval avec l’Emir Sidi Oqba bin Nafi’, par le littoral méditerranéen, ou un peu plus tard des Chorfa (la lignée du Prophète) en chameau, à travers les déserts d’Egypte, Libye, Tunisie, Algérie, et Maroc où Ils fondaient une monarchie, qui existe toujours, la plus ancienne au monde.

C’est assez dire que ces envahisseurs s’étaient dotés d’une puissance et influence considérables, certes dans une rigueur extrême mais aussi par organisassions des territoires par le mouvement et l’art recueilli des civilisations majeures, soumises à leur pouvoir. L’époque s’y prêtait, les grands Empires de la Méditerranée étant tombés en déclin et leurs possessions asiatiques ou africaines étant restés en déshérence de la Mer Noire jusqu’à l’Atlantique où ces peuples finissaient par accepter soit la foi islamique soit la domination dans une condition mineure de « dhimmi », semi esclavage, la dhimmitude.

Devenu musulman, on a droit à une existence privilégiée sur terre, sans guère d’empêchements : cette religion conçoit des conditions de vie très larges pour les hommes, et moins de contraintes sociales que les autres confessions. Les domaines de la spiritualité sont d’une rare simplicité émanant du ciel, encadrée dans la Coran et la Sunna à travers les propos et les gestes recueillis de Mahomet. Religion de la Soumission (littéralement : islam) ses adeptes sont astreints à l’acceptation d’obligations définies dans ces textes sacrés, selon la seule voie de la volonté d’Allah dont relève le destin (si dieu veut ! le rituel « in cha’ Allah ». En comparaison, la Chrétienté est elle aussi la foi d’un engagement personnel mais dans la liberté, celle du choix laissé au croyant, dans l’espérance de s’inscrire dans la volonté du Bon Dieu, comme parait en rapporter le Nouveau Testament. En Islam, on doit croire à la lettre les révélations attribuées, par ouïe dire rapporté du Prophète. Le « Badou », bédouin, a un penchant particulier pour tout ce qui sort de l’ordinaire, émanant d’une autorité morale invisible, instaurant une communauté de destin inimaginable et attractive, comme un marbre de charme et richesse. Il n’y a d’ailleurs pas de limites de l’islam, un d’Etat islamique ne devrait pas connaître de frontières. Il y a des Etats dans l’Islam mais l’Islam lui-même n’a pas de bornes (pas même les tribus qui le composent). Au-delà du territoire de souveraineté du Califat, il n’y a que « bilad al fatah », les terres de « l’ouverture » à la foi mahométane. Une cause, sinon la principale, de problèmes de quatorze siècles… Aussi, pourquoi s’arrêterait-on… d’une banlieue à l’autre ? Thème de réflexion de notre temps.

Que dire encore de l’Islam, les Califes ont succédé au Prophète ; les premiers choisis dans la proximité de Mahomet et le sang arabe, puis le verbe arabe. Dits « orthodoxes », ils siégeaient à la Mecque mais une autre dynastie s’établit à Damas dans la munificence, les « Omeyyades » littéralement « nation mère » dans l’influence de la Mésopotamie, gorgée de richesses et forte population imprégnée des civilisations antiques. L’emporte ensuite la dynastie des « Abbassides », du nom d’un oncle du Prophète, établie à Bagdad, et plus tard au Caire, sous les « Fatimides », du nom de la fille du Prophète, l’influence méditerranéenne y supplantera celle du Golfe. L’Islam s’est déjà répandu en descendant le Nil, par dessus la Chrétienté.

Visitant le Musée de Khartoum, je tombe en 1985 sur une fresque représentant Sainte Anne, mère de Marie, sous un écrit en grec ancien glorifiant « celle qui a mis au monde le fils du Créateur » ! J’en ai gardé une copie. Cette provenait de la Cathédrale de Faras, ancienne capitale (après les Pharaons de Méroé, cinq siècles avant l’islamisation du cours du Nil. Le bassin était inondé à niveau du barrage d’Assouan (construit dans les années 1960, avec la coopération de l’URSS) sous la dictature des Officiers Libres de Gamal Abd’en-Nasser. Se formait en amont un lac de plus de deux cents kilomètres. Une mission archéologique polonaise, y a heureusement découpé ces bas reliefs chrétiens, avant que les eaux n’envahissent la Cathédrale. Ainsi préservés, ces reliques étaient installées dans un musée national de Varsovie (Une amie polonaise est allée les admirer).

A Khartoum, j’observais que le musée d’un Etat musulman, le Soudan (anciennement anglo-égyptien) dont la Constitution venait d’instituer la chari’a, source de législation islamique, avait entrepris de reproduire et exposer ces prestigieuses traces de la Chrétienté du Nil, parmi les plus anciennes. Comme je portais devant le Président de la République Socialiste du Soudan, des protestations dénonçant que la chari’a puisse être imposée aux populations autres que musulmanes (la France exerçant à l’époque la Présidence de l’Union Européenne) le Maréchal Nimeiri me laissait entendre que l’on ne pouvait pas oublier qu’à l’émergence céleste de l’Islam dans la péninsule arabique, les Chrétiens s’étaient précipités de l’autre côté de la Mer Rouge. Ils étaient accueillis sur le Nil, rejoignant au Soudan des Chrétiens établis depuis de longs siècles.

J’avais entendu un propos à peu près semblable, à Aden, où j’étais précédemment en Poste, la République Démocratique Populaire du Yémen (Sud) où le Parti socialiste yéménite était inféodé au Parti Communiste de Moscou. On pouvait y entendre que l’Islam s’était étendu sur un pays, à l’époque antique, chrétien et juif. Il suffisait d’ailleurs d’y voir l’étendue prodigieuse d’anciens cimetières. Les Arabes en nomadisant ne vont pas habiter sur de tels sites chrétiens ou juifs ; sur ces terres quasi intactes on pouvait voir d’anciennes synagogues avec l’étoile de David (objets d’études d’archéologues). Le Coran évoque d’ailleurs ces temps de Bilqiss Reine de Saba.

Ce fut aussi le cas sur le vaste massif d’Anatolie, où en 1O71, l’Empereur Chrétien Romain VI, combattait l’avancée des forces islamiques, turkmènes, passés par les Balkans ou le Caucase, en Mer Noire et jusqu’au Danube abreuvant cinq capitales européennes. Comme celles de Mésopotamie, les richesses de cette région attiraient ces peuples d’Asie centrale ; Ils l’occupaient et adoptaient l’Islam. Chekib Arslan, leur chef, pousse les hordes de Turkmènes à abattre le Califat Abbasside de Baghdâd puis va faire tomber le Califat Fatimide du Caire, avant de retourner ses forces sur l’Anatolie grecque qui relève de Byzance. L’Empereur Romain VI, était à la tête de cent mille hommes, envoyés par les principautés méditerranéennes hellènes ou latines, d’Europe ou d’Afrique, soit des forces disparates, avec de surcroît un fort contingent d’auxiliaires turkmènes recrutés sur le Danube, au service d’Etats Chrétiens. Tandis que la bataille s’engage au col de Mantzikert- région du lac de Van- le 26 août 1071, ce dernier contingent va rallier ses cousins turkmènes puis se joignant aux forces musulmanes fait basculer l’affrontement en leur faveur. Les butins en cause étaient par ailleurs inimaginables. Romain VI va devoir négocier : il abandonne l’Anatolie, paisible région dominant par les 5000 mètres du Mont Ararat, la Mer Noire et la Caspienne, désormais citadelle du Califat Ottoman. Le bastion de l’Anatolie jouera un rôle primordial dans les équilibres historiques à la jointure de l’Asie et l’Europe. C’est à partir de là qu’en 1454 -après un siège de plusieurs générations- les Ottomans vont faire tomber Constantinople, cité aux trois remparts, réputée inexpugnable, et capitale de Byzance, puissante base des Patriarches chrétiens puis idéale étape des Croisades. Au vingtième siècle, elle recevra le nom arabe « Istanbul », évoquant une destinée de noblesse. Quant au Bosphore, détroit essentiel entre l’orient, l’occident et l’Afrique, au bout de la Méditerranée orientale, il a laissé un souvenir cuisant aux forces alliées franco-britanniques et serbes, dans la stratégie de la Grande Guerre 1914-18. Avec Constantinople, c’est tout un monde environnant qui bascule en faveur de l’Islam !

Il n’en pas été de même, à l’Ouest de la Méditerranée. Déjà, en 732, Charles Martel, Maître du Palais Royal, avait rassemblé la féodalité européenne face à l’émir Abd-El-Rahman descendant du prophète et chef des croyants du Hadramaout, un fleuve de sable et fantastiques oasis jusqu’à son estuaire sur l’Océan indien. En un siècle, les Compagnons du Prophète, sont parvenus de cette région jusqu’aux rives de la Loire. Impensable parcours à travers les puissances du Proche Orient, d’Afrique du Nord, d’Espagne et du Royaume de France, avec leurs chameaux, chevaux, et tout le peuple femmes et enfants, laissant quelques vieillards garder les moutons et « Y Allah » ! Ce sont ces multitudes en mouvement de Djihad que la féodalité franque va devoir arrêter, et contraindre à retourner sur leurs pas. Elles vont même sous l’Empereur Charlemagne, devoir repasser les Pyrénées. Tandis que Constantinople, citadelle de l’Orient chrétien tombait, en 1454, c’est l’Alhambra, la citadelle « rouge » de l’Islam à Grenade, qui, sous les forces d’Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, tombera, le 2 janvier 1492, A l’Emir Boabdil, sa mère a pu dire : « Ne pleure pas sur les décombres de ta forteresse que tu n’as pas su défendre ! ». La mère dans la société islamique, est la patronne pour avoir le dernier mot !

L’organisation et le peuplement musulman de la péninsule ibérique vont se disloquer jusqu’aux munificentes cités de Cibillya (Séville avec sa prestigieuse « Giralda ») comme Khortoba (Cordoue, capitale du Califat Omeyyade occidental, avec sa mosquée aux mille piliers, cœur d’un époustouflant éclat de l’art hispano-mauresque. Les Musulmans ne supportent pas le gouvernement de souveraineté chrétienne, ils s’exilent au Maghreb tout proche, rassemblés dans des quartiers « Andalous » en attendant une revanche pour laquelle ils disent des prières de « roujour » (retour). Ils ont emmené les juifs avec eux, car ces derniers tiennent non seulement l’artisanat le plus précieux, mais aussi la science, le commerce et la finance. Les Musulmans manipulent plutôt la spiritualité, la politique et la guerre, avec l’organisation de la cité et la justice. Dans les grandes villes traditionnelles d’Afrique du Nord, il y a un quartier Andalou, et de nos jours sur les routes d’Espagne, et les autoroutes qui y conduisent depuis la Hollande, la Belgique, la France et parfois jusqu’au Maroc et en Oranie, dans des stations on se réunit le soir, les voitures fermant le cercle, pour la prière du « retour ». Des gens s’arrêtent aussi aux environs de Poitiers pour dire une telle prière.

Deux générations nouvelles n’ont connu la colonisation que selon les propagandes des luttes nationalistes, média, syndicats, partis et jusqu’aux milieux de l’enseignement de tous âges, sans préjudice des prônes dans les mosquées… Cette époque considérée « de libération » a été la cible permanente d’un anticolonialisme systématiquement destructeur des réalités les plus tangibles, rejoignant les voies d’un arabisme forcené puis d’un islamisme structuré et déployé comme une idéologie totalitaire, berceau de passion extrémiste. Pour un Arabe musulman le pouvoir ne peut venir que « d’en haut » (Et-ta’ala), Le Très Haut, attribut courant d’Allah. « Maître des « deux mondes » et de toute destinée, Allah a pu –par exemple- donner le pouvoir au corps expéditionnaire qui a débarqué en Algérie de l’emporter sur les Barbaresques du Dey ottoman, puis sur les tribus de l’Emir Abdelkader qui est demeuré un grand ami de la République Française, jusque dans son exil à Damas, y rendant des services éminents à la Chrétienté de Syrie. Le texte de sa réponse au Grand Orient de France témoigne d’une exceptionnelle considération, de surcroît en français. Il témoigne qu’une forme d’acceptation de l’autorité d’un tiers peut aussi, en Islam, relever d’une céleste volonté.

L’Histoire de l’Empire Chérifien du Maroc –monarchie d’une essence exclusivement islamique, depuis douze siècles- laisse entendre aussi qu’un pouvoir étranger de Constitution serait-elle laïque, et de fondement culturel chrétien, pouvait être agréé comme partenaire associé dans une mission de Protectorat, aux heures sombres et troublées de la souveraineté, de l’unité et des finances de l’Etat attardé dans la féodalité. Le Traité de Fès d’avril 1912 définissait le soutien et l’accompagnement pour la modernisation, l’équipement et le développement administratif, économique et culturel, en vue d’une pleine admission du pays dans la communauté internationale. Il ne pouvait en avoir été décidé ainsi que par la volonté du Très Haut. Que les Français aient participé à la « pacification » du Maroc (au prix d’une promotion de Saint Cyr, à la tête ou encadrant des troupes très majoritairement, voire totalement musulmanes, ne témoignait que d’une conciliation spontanée, quasi fraternelle. C’est avec le concours des Tabors du Sultan et des tribus consentantes que l’on pacifiait les secteurs de l’insoumission à l’autorité du Makhzen chérifien ‘dans la descendance du Prophète Mahomet). Le musulman ne va pas réfléchir au-delà. La France découvrait des peuples délabrés dans des situations obérées, aux heures d’un développement percutant du progrès social, culturel, scientifique, industriel et économique.

L’Empire Ottoman qui n’avait pu pénétrer au Maroc, n’occupait que nominalement des franges littorales « du milieu » (l’ouasta) de part et d’autre d’Alger, Al Djazaïre (les ilots) relevant du roi de Navarre. Il a fallu la détermination du « reïs » (commandant de navire) le Sicilien Barberousse et son frère converti à l’Islam (tué plus tard contre les Espagnols devant Tlemcen) pour que les Barbaresques attribuent Alger à la « Porte d’Orient » de Constantinople ; en retour, ils en recevaient les pouvoirs, ainsi que sur d’autres places fortes littorales. Les flottes de Florence, Gènes et Naples, toscanes, françaises, espagnoles ou hollandaises se réunissaient pour combattre les Barbaresques, par des bombardements ou des incursions et l’occupation de ports de l’esclavagisme. En relations avec ces principautés latines, Charles X, Roi des français, a annoncé le débarquement d’un corps expéditionnaire répondant aux provocations des Barbaresques. L’écrivain espagnol Blasco Ibañez rapporte dans « Terres maudites » l’apparition d’une « voile algérienne » semant l’effroi dans la campagne de Valencia. Plusieurs ports hissaient des couleurs Italiennes ou Espagnoles comme Oran jusqu’à l’église Santa-Cruz depuis Carlos Quinto. au 15ème siècle, la mère de Charles Quint était Reine de Bourgogne. François 1er négociait la levée du siège de Vienne, avec Soliman II « le Magnifique » (vainqueur de la citadelle de Byzance) et les Turcs ont reculé au delà de Belgrade. L’Autriche occupant le nord de l’Italie, si Vienne venait à tomber, les Turcs menaceraient le Vatican catholique. Dans pareille diplomatie, la France était bien « fille ainée de l’église ». Dans sa visite en France, Jean-Paul II a indiqué que ce titre lui revenait du Couronnement de Clovis, premier Roi consacré par un Evêque.

« Il n’y a que la foi qui sauve » entendons-nous parfois. Le patriotisme fait gagner des combats, mais c’est par l’esprit que se gagne la guerre, et il faut qu’il règne des deux côtés pour que s’instaure la paix.

Pour en savoir plus, je vous inviterais à le rechercher dans mes bouquins autobiographiques, je vais d’ailleurs faire un cadeau au Bureau de notre association « Repères au crépuscule », vous y trouverez des tas de choses inattendues, naissance dans la colonisation, 21 ans de carrière militaire notamment en Indochine, fracture décisive entre mondes et tiers-monde. J’ai été forcé à porter le deuil de Staline mort sans gagner sa guerre d’Indochine… La chute de l’héroïque camp retranché de Diên Biên Phu, n’est pas une reddition. Titulaires de la médaille militaire comme DPLV de la Légion d’honneur, nous savons ce qu’il en est des combats gagnés ou perdus…

« Terres d’un amour illusoire » évoque la fin de la colonisation, et 25 ans de carrière diplomatique du « Golfe à l’Atlantique » comme de Varsovie à Tananarive.

« Sans ambages » : France, toujours là, face aux extrémismes, terrorismes, et autres fanatismes islamistes », est dû à mon entourage voulant que je m’exprime sur ma vocation de trait d’union.

Sincères excuses pour des insuffisances, et gratitude pour le soutien que vous m’apportez. 

  • Applaudissements –

Président ROBARDEY

C’est nous qui vous devons énormément de remerciements pour cette causerie que vous avez bien voulu passionnante et qui nous a appris beaucoup de choses sur une religion dont on parle souvent mais qu’on connaît généralement très mal. Donc merci infiniment d’avoir mis quelques réglages en place qui nous seront bien utiles pour comprendre l’Avenir. Je n’ai pas le temps de laisser la parole à l’Assemblée pour poser des questions et je suis sûr qu’il y en aurait énormément car tout le monde a été passionné par cette conférence mais le temps nous oblige à l’interrompre ici et merci encore.

Merci à tous.

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